Abeille noire bretonne

L’abeille noire bretonne

L'abeille noire bretonne

Ma premi√®re vraie rencontre photographique avec une abeille domestique remonte √† une vingtaine d'ann√©es. Alors que je m'attachai √† immortaliser un bleuet, elle vint s'y poser. Clic, clac et l'insecte utile entra dans la bo√ģte √† images pour venir s'installer dans ma phototh√®que. Force est d'admettre qu'√† l'√©poque j'√©tais dans ma d√©marche de photographe naturaliste, plus attir√© par les insectes sauvages (Papillons, libellules, sauterelles et autres col√©opt√®res...). Ce n'est que depuis une douzaine d'ann√©es que ma qu√™te photographique s'√©tend au terroir avec ses races rustiques d'animaux domestiques comme notre cheval d'orgueil un peu cabochard mais si gaillard et photog√©nique. La demande d'une de mes agences photo en iconographie sur l'abeille et la ruche devint pressante. Un ami chasseur d'images me mit en contact avec un membre de l'Association "L'Abeille noire bretonne". C'est ainsi que j'embarquai en 2001 pour l'√ģle d'Ouessant avec une poign√©e d'apiculteurs b√©n√©voles, pros√©lytes, d√©vou√©s et ravis de faire conna√ģtre leur travail aux magazines de presse et associatifs, mais aussi de pouvoir disposer d'une banque d'images apicoles r√©alis√©es en Bretagne. Impatient d'entrer dans le rucher conservatoire, rassur√© par les apiculteurs qui comme les dentistes assurent toujours que cela ne fait jamais mal, j'abordai mon reportage mal fagot√© dans ma tenue d'apiphotographe. C'√©tait compter sans les "gardiennes" qui n'aiment gu√®re les appareils, objectifs et autres flashes de couleur noire. Et vlan me voil√† atteint d'une premi√®re piq√Ľre sur la main droite tout juste prot√©g√©e d'un fin gant blanc de laboratoire. Dans la foul√©e, apr√®s avoir enfil√© une autre paire en √©pais plastique certes protecteur mais peu pratique pour d√©clencher, je sentis une douloureuse g√™ne au niveau de ma cheville droite mal capitonn√©e dans sa botte. Et pan un deuxi√®me dard avait transperc√© ma chaussette. Tout cela se passait avec mes compagnons apiculteurs coop√©ratifs, calmes et travaillant √† mains nues. Bien aid√© par ces assistants improvis√©s qui me firent entrer dans l'intimit√© de la ruche, ma motivation √©tait si forte que je r√©alisai une premi√®re moisson de clich√©s. A la pause de midi, alors qu'au local technique je me d√©faisai de ma blanche tenue, une abeille vindicative telle un missile vint planter son venin entre mes deux yeux...En d√©pit du r√©confort d'un petit verre de chouchen frais suivi d'un "R√Ęgout dans les mottes" partag√© avec l'√©quipe, la fin de journ√©e fut pour moi un peu laborieuse. Fort heureusement le jour suivant me permit de photographier de bien dociles butineuses et r√©colteuses de pollen √† tout va, dans les callunaies et sur les pelouses fleuries de l'√ģle. A mon retour sur le continent, mon visage tum√©fi√© ressemblait √† celui d'un boxeur se remettant d'un s√©v√®re knock-out. On l'aura compris, fort de cette le√ßon je prends d√©sormais toujours mes pr√©cautions et je ne me suis plus jamais fait piquer. Au passage je ne saurai que trop recommander aux promeneurs et photographes amateurs d'√©viter les abords des ruchers car les gardiennes veillent, promptes √† attaquer tout intrus p√©n√©trant dans le p√©rim√®tre de s√©curit√©. En revanche on ne se privera pas de contempler les butineuses au travail sur la flore environnante. En effet, celles-ci bien trop occup√©es √† visiter les fleurs se laissent facilement observer et photographier √† quelques centim√®tres. L'op√©rateur devra toutefois faire preuve en silence d'un soup√ßon de patience en approchant les abeilles sans gesticuler. Au fil de mes s√©jours √† Ouessant, au-del√† des somptueux panoramas que j'ai pris du plaisir √† immortaliser, j'ai toujours senti quelque chose de magique dans cette extraordinaire flore qui change au fil des semaines. Soucieuse de cr√©er une exposition sur l'Abeille noire bretonne, l'association √©tait demandeuse d'images diversifi√©es pour illustrer les panneaux. Je me suis donc attach√© √† photographier les principales plantes visit√©es par les abeilles, histoire d'en cerner la diversit√© mais aussi de d√©terminer par exemple l'origine de certaines boulettes de pollen. C'est ainsi qu'en prospectant les zones favorables, c'est √† plat ventre que j'ai pu photographier les fameux bonbons roses qu'une ouvri√®re r√©coltait sur les √©tamines des jasiones littorales. A tout point de vue, je me suis r√©gal√© √† illustrer tous les gestes et les √©tapes du travail √† la miellerie. Les trois miell√©es qui se succ√®dent sur l'√ģle sont √† la fois diff√©rentes et succulentes car l'alchimie du bouquet floral changeant donne √† chaque fois au miel un go√Ľt diff√©rent. A la mi-juillet, le miel dit "de printemps" se distingue par sa couleur de ch√™ne clair. Il est doux et agr√©able avec une touche menthol√©e car les abeilles ont butin√© entre autres, le gazon d'Olympe, la scille printani√®re, la sil√®ne maritime, le cranson offcinal, la criste marine et la petite centaur√©e. D√©but ao√Ľt, c'est le miel d'√©t√© dont la robe est ambre clair avec ses notes florales bois√©es et caram√©lis√©es. Il provient notamment de la bruy√®re cendr√©e, de la fleur de ronce, du tr√®fle blanc, du lotier cornicul√©... Enfin √† l'or√©e de septembre, s'effectue la r√©colte du miel de fin d'√©t√© √† la couleur terre de sienne. Il est √©pais, fleurant bon la callune ou bruy√®re commune aux ar√īmes longs en bouche, marqu√©s d'une subtile amertume persistante. C'est √† mon go√Ľt, le meilleur des miels ouessantins. Ces miels particuli√®rement typ√©s et d√©licatement arros√©s de la fine fleur de sel des embruns de la mer d'Iroise font le r√©gal des palais les plus d√©licats. Il ne me semble pas usurp√© de qualifier le miel de l'abeille noire d'Ouessant de miel "Grand cru". Etoff√© de reportages compl√©mentaires r√©alis√©s sur le continent, mon travail a pris du volume et les parutions dans les revues se sont succ√©d√©. L'exposition a vu le jour et √† en croire les livres d'or de l'√©comus√©e du Stiff √† Ouessant, les visiteurs l'appr√©cient. Des copies itin√©rantes circulent sur le continent, elles sont √† un tel point r√©clam√©es que l'association n'arrive pas √† satisfaire toutes les demandes. Compte tenu de l'int√©r√™t suscit√© par ce sujet sur l'abeille noire bretonne, l'id√©e d'en faire un livre a germ√© dans ma t√™te. Il ne me restait plus qu'√† trouver un √©diteur. Florent Patron, responsable des √©ditions Coop Breizh, m'a suivi. G√©rard Alle, √©crivain √† la plume reconnue et apiculteur de surcro√ģt, a tout naturellement accept√© d'en r√©diger le texte.

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